Ça va miauler sec derrière les écrans. J’entends déjà les intégristes du gastro astiquer leurs banderilles (dans quel monde vivent-ils ? ne baissent-ils jamais le petit doigt ?) Voici pourtant la terrible vérité : j’ai dîné jeudi soir au restaurant et, franchement, je me fichais complètement de l’assiette – qui pourtant ne se tenait pas si mal. Pourquoi ? Parce que j’avais la Seine à mes pieds, deux vieux amis à ma table et le souffle de Renoir tombant avec le soir sur ma nuque.
Nous étions au balcon de la Maison Fournaise. La Seine sombre aux reflets de mercure, les lampions enchaînés en ampoules multicolores, le large balcon de fer aux piliers vert bouteille, la tiédeur de l’air et la fraîcheur des bulles, tout cela suffisait à mon bonheur.
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C’est franchement bête. Ou alors c’est pure fainéantise, je ne sais pas. Toujours est-il que se dressent aux alentours de Paris tous les midi et tous les soirs des tables passionnantes et nous, obnubilés par l’intra-muros, les yeux fixés sur le dernier bourgeon à la mode, le tropisme rive gauche en œillère, nous les dédaignons. A tort. Prenez l’Escarbille, à Meudon. Vingt minutes de voiture à peine, juste le temps de s’ouvrir l’appétit et de sentir, avec la distance et les arbres, la soirée se transformer peu à peu en escapade, comme un morceau de week-end collé en pleine semaine. Un joli petit bout de bonheur à porté de pneu, sous les lanternes et dans un antique buffet de gare remis d’aplomb.
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